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Endoc(t)rinement, ou comment l'industrie chimique manipule l'Europe - Santé Environnement
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Endoc(t)rinement, ou comment l’industrie chimique manipule l’Europe
par Fil d’infos et actualité - 4 août 2014

Les perturbateurs endocriniens représentent le plus important problème de santé publique de la prochaine décennie. Au même titre que le changement climatique, le gaz de schiste ou encore les OGM, ils constituent un enjeu profondément politique qui questionne nos choix de société, notre éthique collective, et donc notre démocratie.
Un documentaire de Stéphane Horel tente d’alerter le citoyen et de modifier encore la décision des instances Européennes.

Source : La bureaucratie européenne ressemble à un thriller, de Stéphane Horel, publié sur http://www.huffingtonpost.fr

Difficile de trouver matière moins émoustillante que la réglementation européenne. On pourrait même dire : que l’Europe tout court. Dans l’esprit du grand public, « l’Europe », c’est une bureaucratie abstraite, un pouvoir hors de portée, une force anonyme : qui peut nommer ne serait-ce qu’un seul des 27 commissaires européens ? Repoussoir absolu dans les conférences de rédaction, palme d’or du sujet le moins glamour au journal de 20 heures, « l’Europe » a cette rare faculté de faire blêmir n’importe qui a priori.

En cas de problème pourtant, c’est toujours, et a posteriori, la « faute à l’Europe ». Mais la complexité de son organisation colle de telles migraines qu’on ne prend jamais la peine de l’expliquer. Si bien que personne ne comprend vraiment comment les décisions y sont prises. Or environ un tiers des lois françaises sont des transpositions de directives et règlements adoptés à Bruxelles.

Selon les sources, la proportion grimpe à 60 ou 90% des lois touchant, de près ou de loin, à l’environnement, à l’agriculture et à l’économie. De la réduction des émissions de CO2 à l’étiquetage alimentaire en passant par le contrôle des opérations bancaires : autant dire que ce qui s’y décide a un impact majeur sur notre vie quotidienne et, au-delà, sur notre société.

C’est justement parce que tout s’y joue que Bruxelles est devenue la capitale européenne de l’influence. Défaut intrinsèque de fabrication, les institutions y sont hautement perméables aux mantras des acteurs privés, désormais les obligés d’une Europe en crise. Lieu de pouvoir, d’intrigues et de manœuvres -déployées principalement par les firmes pour s’approprier la décision publique-, l’Europe constitue en fait une fantastique matière d’investigation, un thriller perpétuel dont le dénouement se trame derrière des portes closes.

Mettre sous « haute surveillance » une décision européenne au moment même où elle se conçoit, et non à rebours, une fois que tout est joué, post-mortem : tel était le principe de mon documentaire Endoc(t)rinement. Cela voulait dire suivre une multitude d’acteurs faire leur chemin dans un processus européen, déchiffrer comment des intérêts contradictoires se traduisent concrètement dans la discussion, saisir où et surtout comment s’exerce l’influence. C’est-à-dire restituer la géopolitique d’une décision. En d’autres termes : montrer comment s’exerce la démocratie - dans la version de la démocratie pratiquée à Bruxelles, du moins.

En 2009, les députés européens ont donné quatre ans à la Commission européenne pour adopter une réglementation spécifique sur les perturbateurs endocriniens, des produits chimiques qui altèrent notre santé en piratant notre système hormonal. Omniprésentes dans les objets de consommation courante -des plastiques aux cosmétiques, des pesticides aux peintures-, ces substances squattent aussi nos organismes. Sang, lait maternel ou cordon ombilical : l’homme moderne ne peut leur échapper. Le bébé moderne - encore moins.

Parce que le jeu des hormones est déterminant pour les fœtus, l’exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse suscite de grandes inquiétudes dans la communauté scientifique. Des variations même minimes peuvent être lourdes de conséquences. Malformations du pénis, infertilité, cancer du sein, de la prostate, des testicules, obésité, diabète, troubles du développement : ces substances sont suspectées de participer, tôt dans la vie, à la genèse de ces maladies. On en dénombre 800. Ils sont sans doute beaucoup plus. Même l’Organisation mondiale de la santé le dit : les perturbateurs endocriniens représentent une « menace globale ».

Seulement à Bruxelles, il faut s’entendre sur les mots : qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ? Le cœur de la future réglementation européenne est une définition. Plus exactement : une liste de critères scientifiques. Mais comment une décision pareille est-elle prise ? Et qui l’influence ? Car pour l’industrie, cette réglementation est, aussi, une « menace globale ».

Au cours des dix-huit mois d’enquête qu’a nécessité ce film, il a fallu pénétrer la subtilité des arguments des uns, les malices de rhétorique des autres, aborder la technicité de chacun des points du débat, se familiariser avec des textes abscons à souhait : tout autant d’éléments qui constituent des écueils majeurs à la compréhension des enjeux par le grand public. Il a aussi fallu, et c’est loin d’être un détail, patrouiller à travers la grande usine à lois qu’est la Commission européenne.

En comprendre les organigrammes -officiels et officieux-, identifier ses règles non-dites, naviguer dans le jargon, esquiver les chausse-trappes des communiqués de presse ainsi que deux-trois mines antipersonnel cachées dans les moquettes de la bureaucratie. Car la Commission n’aime pas être dérangée pendant qu’elle décide dans l’opacité.

À partir de centaines de documents, certains internes à la Commission, d’autres parfaitement publics mais jamais lus par personne, le film montre que le processus est l’objet d’une offensive massive de lobbying. Offensive victorieuse à ce stade. Le film est diffusé avant que la décision finale ne soit prise à Bruxelles : son objectif est d’alerter les citoyens en exposant les manœuvres qui l’ont fait dérailler. Et donc, peut-être, d’avoir un impact sur la décision elle-même. C’est un pari : la lumière est un puissant désinfectant, dit-on.

Les perturbateurs endocriniens représentent le plus important problème de santé publique de la prochaine décennie. Au même titre que le changement climatique, le gaz de schiste ou encore les OGM, ils constituent un enjeu profondément politique qui questionne nos choix de société, notre éthique collective, et donc notre démocratie.

En savoir plus sur les perturbateurs endocriniens : 70 articles à votre disposition sur votre site santé-environnement.be