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Nucléaire : 4 ans après Fukushima, les leçons n’ont pas été tirées !
par Gaelle Warnant - 11 mars 2015

Depuis l’accident de Fukushima en mars 2011, les préoccupations en matière de sécurité nucléaire ont débouchés sur des initiatives coordonnées de la part la Commission européenne et du groupement européen des autorités de sûreté nucléaire (ENSREG) dans l’idée d’évaluer le niveau de sûreté des centrales et surtout d’envisager des actions correctrices qui permettraient de faire face à des accidents majeurs. Un rapport à paraître de Nuclear Transparency Watch (NTW) indique clairement que les pays de l’UE ne sont pas suffisamment préparés et pointe les manquements dans les plans de préparation et d’intervention d’urgence en cas d’accidents nucléaires.

En investiguant les différents plans d’urgence (Emergency Preparedness & Response – EP&R), NTW relève des manquements inquiétants, notamment que ces plans sont principalement conçus pour répondre à des accidents d’un degré 5 sur l’échelle INES et qu’ils sont insuffisants si un accident de degré INES 7 (niveau de Tchernobyl et Fukushima) survenait. Les lacunes des EP&R se situent à différentes niveaux :

- Exercices d’urgence : les autorités régionales et nationales seraient insuffisamment préparées. Insuffisance de personnel spécifiquement formé et affecté à ces situations d’urgence, plans d’évacuation lacunaires, absence d’exercices de grande ampleur qui impliqueraient la population…Plus grave, les leçons tirées d’exercices précédents ne seraient pas intégrées dans les plans actualisés, ni communiquées aux différentes parties prenantes.

- Mise à jour des changements : les plans d’urgence évolueraient trop lentement et n’intègreraient pas les changements d’infrastructures et d’aménagement du territoire. Les applications technologiques et médias ne seraient pas encore prises en compte comme des outils potentiels de la communication en situation d’urgence nucléaire.

- Communication : les différents exercices d’urgence indiquent que la communication entre les autorités et organismes concernés en cas d’accident s’avèrerait déficiente.

- Distribution des tablettes d’iode : il existe une grande disparité entre pays en matière de périmètre d’évacuation et de distribution d’iode, ce qui complique la bonne gestion transfrontalière en situation de crise. Le rapport constate qu’à l’heure actuelle, une partie de la population résidant dans les zones d’évacuation ne dispose pas de tablettes d’iode. En Belgique, une pré-distribution de ces tablettes est effectuée dans un rayon de 20km autour des centrales. Un rayon insuffisant comme vient de le confirmer le dernier rapport du Conseil supérieur de la Santé belge qui insiste « sur élaboration et la planification d’une stratégie de distribution rapide aux populations cibles, et ce à des distances allant jusqu’à 100km et plus du lieu de l’accident ». En dehors de ce rayon de 20km, des stocks d’iode sont disponibles mais distribués après un accident. Or, la prise immédiate de ces tablettes joue un rôle crucial pour la protection de la thyroïde.

- Normes sanitaires pour les aliments : il y a un besoin évident de clarification des normes sanitaires imposées aux aliments susceptibles d’avoir été irradiés suite à un accident et surtout d’une harmonisation de ces normes. Les normes proposées par la FAO ou l’OMS diffèrent des normes européennes. Même au niveau européen, les seuils tolérés diffèrent d’une situation à l’autre (ex. l’EU tolérait un seuil de 370 Bq/kg pour le Césium 137 dans les produits laitiers importés d’Ukraine après Tchernobyl et un seuil de 200 Bq/kg pour Cs-137 dans les produits laitiers importés du Japon après Fukushima). Une telle cacophonie n’incite pas du tout à la confiance de la part des consommateurs.

Le NTW conclut également qu’une approche exclusivement top-down n’est pas suffisante et que l’implication des citoyens et de la société civile est indispensable dans l’amélioration des plans d’urgence.

Le résumé exécutif du rapportde Nuclear Transparency watch