Vie active - Alimentation
« Toutes les conditions pour une nouvelle crise alimentaire sont réunies »
par Anne Thibaut - 16 novembre 2009
La crise économique et financière risque-t-elle d’aggraver la crise alimentaire ? L’aide des pays riches s’est amenuisée au fil des difficultés rencontrées et la famine menace à nouveau une grande partie de la population mondiale. Arnaud Ruyssen, journaliste à la RTBF sur matin première a reçu Olivier De Schutter, spécialiste du Droit international et Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation. Petits extraits d’un discours passionnant... Que vous pourrez actualiser en lisant l’interview du journal Le Monde d’hier.

Pour Olivier de Schutter la faim dans le monde n’est pas une calamité naturelle. En constante augmentation - 1 milliard de personnes affamées aujourd’hui pour 850 millions en 2005 - elle résulte de choix politiques stratégiques que l’on peut changer. Il y a des causes structurelles à la faim qui explique qu’elle persiste. Ce n’est donc pas qu’une question de moyen, loin s’en faut.

La crise alimentaire trouve sa source notamment « dans une croyance un peu aveugle, reconnaissons-le, dans les mécanismes du marché, dans les capacités du secteur privé à prendre le relais de l’Etat qui s’est désengagé de tout ce qui concerne la régulation des prix et de tout ce qui concerne en fait la gestion de l’agriculture. La crise alimentaire c’est aussi le résultat d’une spéculation de la part de grands fonds d’investissements dans l’agriculture, qui ont conduit à une bulle spéculative, au début de l’année 2008 et là encore il y a des analogies très claires, avec la crise financière et la crise économique. »

Mais ce n’est pas tout. « Il y a dans la chaîne de production et de distribution alimentaire, un grand nombre d’acteurs. Au bout des deux chaînes il y a des acteurs très vulnérables : les consommateurs pauvres et les petits paysans qui sont les plus marginalisés. Mais dans la chaîne il y a des grands acteurs, qui en fait déterminent leur politique de prix, leur politique d’achat, leur politique de vente et sur lesquelles les contrôles sont très faibles, voire inexistants. Et c’est là, principalement le problème de la faim. Ce n’est pas un problème, simplement de prix, c’est un problème de gouvernance de la chaîne de production agricole. »   Face à ce problème dramatique, Olivier deschutter préconise plusieurs solutions. D’abord, reconstituer des stocks alimentaires pour qu’ils puissent servir de régulateur pour les Etats. « ces stocks permettent, en période de bonnes récoltes, d’acheter des récoltes à des prix rémunérateurs, pour que les paysans puissent vivre dignement de leur travail, et en période de disette, lorsque les prix ont tendance à monter, ils permettent d’écouler des denrées alimentaires, à des prix relativement bas, qui permettent au fond de soulager les catégories les plus pauvres de la population. »   Deuxièmement, et c’est l’enjeu fondamental aujourd’hui, il faut repenser le défi alimentaire, à la lumière du changement climatique. « Il faut d’urgence changer notre manière de produire et adopter des méthodes agricoles, qui non seulement permettent de bénéficier plus aux petits paysans, qu’aux grands exploitants agricoles qui sont aujourd’hui les plus puissants et qui sont disproportionnellement favorisés par les politiques publiques, mais il faut aussi des méthodes de production agricole, qui préservent les environnements, qui économisent notre utilisation d’eau douce et qui ne contribuent pas au changement climatique et à l’émission de gaz à effet de serre. Et je pense qu’il y a là toute une piste de solutions techniques, que les gouvernements doivent explorer davantage, qu’ils ne font jusqu’à présent. »

Via les OGM’s ? Olivier De Schutter n’y croit pas du tout et estime qu’il faut être extrêmement prudent tant d’un point de vue social (prix des semences très élevés pour les paysans) qu’environnemental (effets dommageables à long terme).

Ensuite promouvoir la souveraineté alimentaire est fondamental et revenir à une agriculture à taille humaine, avec de plus petites exploitations. En effet, « l’agriculture ne sert pas seulement à produire de la nourriture, elle sert aussi à garantir des revenus aux populations qui en dépendent. Il faut par conséquent des politiques agricoles, qui permettent d’augmenter les revenus des paysans les plus pauvres ».   Il soutient également une politique similaire à la « politique agricole commune telle qu’elle a été conçue à partir des années 60, comme une politique de gestion de l’offre, permettant de garantir les revenus des producteurs, tout en stabilisant les prix pour le consommateur. Elle est donc une politique intéressante qui a eu des effets positifs pour le continent européen. Ce que je crois c’est que c’est une politique qui doit être dupliquée, recopiée, dans d’autres régions du monde et que les pays devraient pouvoir s’en inspirer, pour au fond garantir les revenus pour les producteur, tout en épargnant les consommateurs des chocs des prix et de la volatilité des prix qu’ils connaissent aujourd’hui. »

Vous trouverez l’intégralité de l’interview dans le document joint.

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