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Notre environnement - Agents chimiques - Comprendre
Pour en savoir plus sur ces fameuses contaminations des oeufs à la dioxine, plomb, DDT...
par Véronique Paternostre - 18 avril 2008
Un peu plus d’infos sur l’étude approfondie de l’ISP (Institut Scientifique de Santé Publique) réalisée par le CERVA (Centre d’études et de recherches vétérinaires et agrochimiques) et différents laboratoires des universités de Antwerpen, Liège et Gent.

Une brochure de synthèse est en cours de rédaction par l’équipe de chercheurs : elle sera disponible mais pas avant quelques mois. Nous la mettrons en lien sur le portail, dès sa parution. Sur base du résumé exécutif de l’étude, voici cependant déjà le point sur la question.

Historique

Déjà en 2002, des analyses ont été réalisées sur des oeufs de poules provenant d’élevages amateurs dans l’agglomération Anversoise parce que l’on suspectait que des pollutions historiques en dioxines aient pu conduire à des contaminations sévères et même dangereuses. Les résultats d’analyse ont confirmé ces craintes sans pour autant permettre de découvrir le mécanisme précis ni l’étendue de la contamination.

En 2004, une étude [1] plus détaillée a été réalisée sur l’ensemble de la Belgique et pas seulement sur les zones à risque en portant une attention particulière à certains contaminants organiques (comme les dioxines et certains pesticides) et certains métaux lourds. L’influence de l’environnement sur les teneurs en contaminants était clairement observable. Une première évaluation des risques révélait qu’une consommation importante de pareils oeufs allait de pair avec une ingestion d’une fraction significative, parfois même un dépassement, de la dose hebdomadaire tolérable (Tolerable Weekly Intake, TWI) pour les dioxines (EU 2001). Pour les métaux lourds, des teneurs plus élevées ont également été observées mais celles-ci présentent un risque beaucoup moins important pour le consommateur.

A côté de ces contaminations élevées constatées dans notre pays dans les œufs d’élevages amateurs, des rapports venant de l’étranger ont également confirmé ces craintes : les teneurs élevées en contaminants sont principalement dues à des facteurs environnementaux ainsi qu’à des aliments contaminés.

Objectifs de l’étude

L’étude dont les résultats sont sortis récemment dans la presse vise donc à étudier de façon approfondie la contamination des œufs de poules élevées par des particuliers, d’autant plus que la sécurité de ces produits n’est pas contrôlée par les autorités. Les objectifs prioritaires étant de documenter largement les contaminations et leurs variations spacio-temporelles, la recherche de sources possibles de contamination en se focalisant sur le rôle du sol et des déchets de cuisine utilisés pour nourrir les poules, une estimation des risques et la suggestion de mesures de remédiation et leur faisabilité pratique.

Résultats

Ce sont 59 particuliers, leur poulaillers, leurs poules et leurs oeufs qui ont été passé sous la loupe... Les critères de choix ont également été d’assurer une bonne représentativité des localisations possibles (milieu rural, industriel, grands types de sols : Ardennes, Condroz, Campines et divisions administratives : 10 provinces représentées). Les oeufs ont été échantillonnés, comme les sols des poulaillers, les déchets organiques de cuisine donnés aux poules, le fumier et fiantes. Une enquête détaillée sur les habitudes de vie de la famille d’éleveurs, l’alimentation et le mode d’élevage des poules a également été réalisée en parallèle. Concernant les contaminations, en effet une partie des oeufs analysés ont montré des dépassements des normes en vigueur : c’est le cas des dioxines, des PCB marqueurs, pesticides DDT et plomb principalement.

En ce qui concerne les dioxines, les dépassements sont non négligeables dans la plupart des cas ; les teneurs en DDT étaient beaucoup trop élevées pour 10% des échantillons. Pour le plomb plusieurs dépassements sont constaté tandis que pour les PCB ce sont 2 dépassements. Certaines toxines et autres contaminants sont présents mais à des concentrations relativement basses. L’application des résultats à un modèle géographique a permis de confirmer que tant pour les dioxines que pour le plomb, c’est bien la géographie (et donc le facteur « sol ») qui est la principale cause de contaminations.

Pour les pesticides (DDT) c’est généralement l’historique du site ou même d’anciennes pratiques des propriétaires qui utilisaient ce genre de produits qui sont à incriminer.

Par contre pour les autres polluants, les sources (ou comportements passés et/ou présents) n’ont pas été identifiés clairement.

Analyses de risques et conclusions

Plusieurs scénarios ont été analysés, en fonction de la consommation d’oeufs par semaine, du type de diète complète et du rapport entre apport potentiel de polluants via les oeufs des particuliers et leur alimentation globale.

Les conclusions sont que pour les éleveurs particuliers, leur consommation d’oeufs les place dans une population « plus exposée » sans pour autant provoquer chez eux une augmentation réelle de risques pour leur santé. Dans l’optique où l’on considère leur consommation en oeufs comme étant leur unique exposition aux dioxines, il leur faudrait manger au moins 2 à 3 oeufs contaminés par jour durant toute l’année pour atteindre la quantité de dioxine à partir de laquelle des effets sur la santé se font ressentir.

En revanche, sachant que pertinemment pour près de la moitié de la population belge, l’ingestion de dioxines dépasse les valeurs recommandées, la prise en compte de la consommation des oeufs tels qu’analysés ne fera qu’augmenter encore l’importance de la fraction de la population concernée par ce dépassement...

Notre commentaire final

Cette conclusion relativise donc, de notre point de vue, la mise en cause de la consommation des oeufs de particuliers... car, les qualités reconnues de ces oeufs au niveau apports nutritionnels pèsent plus lourd dans la balance que l’apport ponctuel (de dioxines) qu’ils entrainent dans la quantité absorbée déjà quotidiennement par tous.

Par contre une vraie question à résoudre est bien celle de l’origine de ces pollutions de sols et d’autres pollutions qui n’ont peut-être pas de répercussions immédiates sur la qualité chimique des oeufs de poules de particuliers mais qui pourraient peut-être altérer d’autres éléments de l’environnement... (Voir également les revendications associatives de Nature et Progrès en la matière : article sur ce portail).

Tout comme la nécessité de prendre des mesures pour éviter que cela ne se poursuive dans le futur : ce sont donc des mesures de prévention qu’il faut prendre : les contaminations ont en effet été démontrées...

notes :

[1] Voir les résultats de cette étude (en anglais) : Chemical contamination of free-range eggs from Belgium"

Voir aussi :
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