Notre environnement - Air extérieur - Comprendre
Faut-il s’arrêter de respirer pour ne plus s’empoisonner ?
par Alain Geerts - 19 octobre 2011

L’Homme a longtemps pensé que la terre était d’une immensité telle qu’il n’aurait pas à s’en soucier. Il en a pourtant modifié la surface dans un laps de temps infiniment court, comme aucune autre espèce avant lui. L’Homme a longtemps pensé que les océans étaient d’une immensité telle qu’il n’aurait pas non plus à se préoccuper des conséquences de sa pêche. 75% des stocks de poissons commercialisés ont été surexploités jusqu’à la limite de l’épuisement.

L’Homme a longtemps pensé que l’atmosphère était d’une immensité telle qu’il n’aurait pas à s’essouffler pour le protéger. Pourtant, il s’asphyxie lui et ses semblables, tranquillement mais surement. « Bien sûr que c’est dangereux pour la santé », répond plein de bon sens l’interrogé. Mais « on y peut rien », pourrait-il enchaîner. La pollution de l’air en ville est devenue, peu à peu, une donnée avec laquelle il faut composer, rangée dans la catégorie du « il faut faire avec ». Les conséquences sanitaires de la pollution atmosphérique sur la population, en France comme ailleurs, sont maintenant connues de tous. De la communauté scientifique premièrement, qui génère un immense champ de connaissance sur ses conséquences. Des fabricants automobiles qui résistent dans leur technologie en réduisant le concept de modernité au seul moteur thermique. Des autorités sanitaires qui diffusent insuffisamment les données scientifiques. De nos représentants politiques qui savent, mais qui ne considèrent l’enjeu que du point de vue de l’acceptabilité du risque et qui faillissent à faire respecter la loi (Loi sur l’air - Charte de l’Environnement dans la Constitution...) Et enfin, d’une majorité de citoyens, dont la dépendance maladive à l’automobile nous fait penser que le droit de conduire est mieux défendu et plus utilisé que le droit de vote.

La pollution de l’air précipite le décès d’environ 40 000 personnes en France. C’est ce que nous révèle l’étude Aphekom de mai dernier. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), prévient encore et toujours de l’impact sanitaire grave d’une exposition forte et prolongée aux particules fines (PM) émises notamment par les millions de moteurs diésels. Les mesures faites par les capteurs nous alarment sur ceux qui subissent la « double peine » en matière de pollution : les centaines de milliers de français qui vivent proche des rocades, autoroutes, et autres grands axes.

La souffrance physique (asthme, insuffisance respiratoire, maladies cardio-vasculaires jusqu’aux cancers du poumon, etc.) des personnes les plus fragiles indiffèrent, à l’évidence, puisqu’elles ont à se protéger d’un tort dont elles ne sont pas (en partie) responsables. Pendant les pics d’ozone, restez chez vous. Comprenez, nous ne pouvons pas décemment demander aux autres citoyens de ne pas se déplacer autrement qu’en voiture.

Les coûts de santé pour la collectivité sont exorbitants. Le bien être au quotidien est affecté. L’OMS alarme. L’Institut National de Veille Sanitaire (INVS) confirme. Les médias s’en émeuvent. Les fabricants de véhicules thermiques se vantent de progrès à la marge dans des publicités où l’air nous semble bien pur à côté de la réalité. Les décideurs ne décident pas. La Commission européenne porte plainte contre la France. Enfin, ne soyons pas malhonnête envers nous-mêmes en dévoilant que cet aveu d’impuissance peut également relever d’une résignation confortable et insensible. Entendons par ces termes que faire différemment, pour un mieux collectif, relève d’un effort, d’une construction, d’un dépassement de soi. C’est s’arracher, un peu de son confort personnel et entrer en sensibilité avec son environnement. C’est ce qu’on appelle vivre en société.

Pourtant la pollution de l’air est bien un problème de santé publique majeur qui préoccupe les citoyens. Au sein des préoccupations environnementales, les baromètres réguliers indiquent que qu’elle se place au 1er rang des situations à risque parmi une liste évoquées au cours des enquêtes. Cependant, l’impression d’impuissance provoque résignation. Il semble qu’on ne sache pas comment avoir une emprise sur elle.

Si la pollution de l’air fait partie des préoccupations sanitaires majeures, l’exposition aux polluants aériens échappe en partie au contrôle individuel et nécessite que les autorités publiques fassent appliquer la loi (il est étrange d’avoir à demander le respect de la loi à celui qui la fait). Reste la question suivante : si les mesures de protection ne s’appliquent pas pour les citoyens, qui protègent-elles alors ?

Sébastien Vray est fondateur de l’association Respire et Franck Laval est président d’Ecologie sans frontière.

Source : L’Express

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