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Vie active - GSM - ondes électromagnétiques - Comprendre
GSM et cancer du cerveau (1) : l’étude Interphone laisse perplexe
par Alain Geerts - 19 mai 2010

L’étude internationale Interphone, étude épidémiologique de type cas–témoin sur les relations entre exposition au téléphone mobile et les tumeurs de la tête, vient (enfin !) d’être publiée. Loin de mettre à disposition du public des résultats aisément interprétables et déclinables dans des conseils univoques sur l’utilisation des GSM, elles ne fait qu’attiser les tensions entre ceux qui minimisent lesdits effets et ceux qui diabolisent les ondes. La santé publique sort perdante sur tous les plans. Et le principe de précaution est plus que jamais d’application.

L’étude Interphone vient de paraître. Pour rappel, il s’agit d’une étude épidémiologique, dont l’objectif est d’étudier s’il existe une relation entre l’usage du téléphone mobile et les tumeurs de la tête coordonnée par l’unité de recherche sur les rayonnements (Docteur Elisabeth Cardis) du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC). Vous trouverez une description succincte et accessible de ce travail sur le site de la Fondation Santé et Radiofréquences.

La presse s’est empressée de publier divers articles reprenant les principales conclusions de cette étude dont on attend depuis de nombreuses années les résultats. Et le moins que l’on puisse dire est que les divergences d’interprétation dominent : « Pas de risque accru de cancer avec les GSM » (Vers l’Avenir), « Pas de lien établi entre GSM et cancer du cerveau » (La libre belgique), « Téléphonie mobile et cancer : l’étude Interphone échoue à conclure » (futura-sciences.com), « INTERPHONE, Téléphone Portable l’Étude Inquiétante » (France 2), mais aussi : « Les risques de tumeurs cérébrales parmi les utilisateurs de téléphones portables ont été sous-estimés dans une étude Interphone, déclare l’International EMF Collaborative » (TF1 news) ou encore : « L’étude sur le lien entre cancer et portables est un échec » (Nouvel Observateur).

N’ayant encore pu analyser les résultats en profondeur, nous vous proposons ici divers liens qui vous permettront de vous forger un avis sur les principales conclusions de ce travail qui a finalement pris plus de 10 ans. Nous reviendrons vers vous pour vous donner notre position plus précise sur les résultats de l’étude.

Une lecture du communiqué de presse de l’OMS vous permettra de prendre connaissance des conclusions officielles de l’étude. En voici, pour vous mettre l’eau à la bouche, un bref extrait : « Un OR [1] plus faible pour les gliomes et les méningiomes lié au fait d’avoir jamais été un utilisateur régulier de téléphone portable peut refléter un biais de participation ou d’autres limitations méthodologiques. Aucun OR élevé pour les gliomes ou les méningiomes n’a été observé ≥10 ans après la première utilisation de téléphone portable. Un risque accru de gliomes, et dans une bien moindre mesure de méningiomes, a été suggéré dans le plus haut décile de temps d’appel cumulé, pour les sujets ayant déclaré une utilisation habituelle du téléphone du même côté de la tête que celui de leur tumeur et, pour les gliomes, des tumeurs dans le lobe temporal. Les biais et les erreurs limitent la force des conclusions que l’on peut tirer de ces analyses et empêchent d’établir une interprétation causale. »

Et le communiqué de préciser que les changements de mode d’utilisation des GSM au cours des 10 dernières années ont fortement évolué (communications plus longues et utilisation par une population de plus en plus jeune d’une part et améliorations technologiques qui entraineraient une moindre exposition d’autre part) et qu’il est donc difficile de se positionner sur base des résultats d’Interphone (qui seraient donc obsolètes...). Donc, conclut le communiqué : « il est souhaitable de poursuivre l’étude de l’utilisation du téléphone portable et du risque de cancer cérébral ».

Un bon article de synthèse sur le site nouvelobs.com met en évidence que les résultats contradictoires obtenus dans les différents pays ont obligé les chercheurs à accorder leurs violons sans y parvenir réellement.

Pour Gérard Lasfargues, directeur général adjoint scientifique de l’Afsset (Agence de sécurité sanitaire environnement et travail), « on ne peut pas du tout éliminer un risque au vu de cette étude » dont « le niveau de preuve est insuffisant ».

Cet article relate également que pour certaines associations le lien entre téléphone portable et cancer du cerveau est déjà établi. « Nous n’en attendions pas plus d’Interphone », a déclaré Stephen Kerckove d’Agir pour l’environnement. « Une nouvelle étude publiée dans dix ans n’apportera rien car les usages et les matériels auront changé et les données ne seront plus d’actualité ». Et de conclure : « C’est dès maintenant qu’il faut mettre en œuvre des mesures réglementaires ».

Pour Lloyd Morgan, auteur principal de « Téléphones portables et tumeurs cérébrales : 15 raisons de s’inquiéter » (en anglais),

* les résultats fournis concernent uniquement les cancers du cerveau (gliomes) et les méningiomes, mais non pas les tumeurs situées dans les 20 % du volume cérébral irradié par les téléphones portables ; [2]

* le risque n’a pas été ventilé par genre, ce qui a pu masquer un risque encore plus important de méningiomes chez les femmes ;

* les résultats datent de 5 ans et sont totalement inadéquats comme mesure du risque actuel, car les adultes et les enfants parlent aujourd’hui chaque jour pendant des heures sur leur téléphone portable comparé à seulement 2 à 2 heures et demie par mois à l’époque.

Le 10 juin 2009, lors d’une audition publique à l’Assemblée Nationale (Française) le Dr Martine Hours coordinatrice de l’étude Interphone pour la France a présenté dans les grandes lignes l’interprétation des résultats . . . Elle a rappelé que globalement pour une utilisation de moins de 10 ans il n’a pas été trouvé d’effet probant suite à l’exposition aux irradiations des champs proches artificiels HF micro-ondes mais qu’au-delà « il pourrait y avoir quelque chose au niveau neurinome (tumeur du nerf), gliome (tumeur du système nerveux central) et dans une moindre mesure la glande parotide (la plus importante des glandes salivaires) ». « Nous sommes dans l’incertitude », « sans élément probant pour conclure », selon elle, l’étude est « un peu trop précoce », du fait de la faible durée d’usage du téléphone portable, alors même qu’un cancer peut mettre dix à vingt ans à se développer. Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Santé a conclu cette audition en affirmant que « les conséquences de la téléphonie mobile sur la santé sont incertaines », et rappelé la nécessité de l’application du principe de précaution.

D’après Eileen O’Connor, directrice du Radiation Research Trust et membre de l’International EMF Collaborative, « Quatre milliards de personnes
possèdent un téléphone portable dans le monde, et bon nombre d’entre eux sont des enfants. Les gouvernements responsables doivent préconiser la divulgation des risques au public de sorte qu’un public informé puisse prendre davantage de précautions.
 »

En conclusion, les experts conseillent de jouer la prudence et de privilégier l’envoi de SMS, les oreillettes et les e-mails.

notes :

[1L’odds ratio (OR) est une mesure du risque relatif. En d’autres termes, un OR de x signifie que les personnes exposées ont x fois le risque des personnes non exposées.

[2Notons encore que, dès 2008, le Dr Christopher Wild, directeur du CIRC, évoque curieusement la prochaine publication partielle des résultats de l’étude sur les seules tumeurs cérébrales de types gliomes et méningiomes liées à l’utilisation du téléphone mobile. Il fait l’impasse notamment sur le neurinome de l’acoustique et la tumeur de la glande parotide, et rajoute que des manuscrits supplémentaires seront publiés ultérieurement.

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